Hausse du prix du bois : décryptage avec Ludovic Routard, Directeur des Achats chez ISB
Marqué par une instabilité internationale, le marché du bois est de nouveau déstabilisé par la crise engendrée par le conflit iranien.Interview de Ludovic Routard, Directeur des Achat chez ISB, pour mieux comprendre les impacts et les réponses mises en place par l’entreprise.
Peux-tu nous expliquer ce qui se passe actuellement sur le marché du bois ?
Le contexte géopolitique se complique encore un peu plus ces dernières semaines, non seulement du fait de la guerre en Iran, mais aussi du fait du blocage du détroit d’Ormuz. Ce passage maritime stratégique, situé entre l’Oman et l’Iran, permet le transit d’une grande partie du pétrole mondial, reliant le golfe persique au reste du monde. Ce blocage et la tension sur le pétrole induisent :
- Un embouteillage gigantesque,
- Une augmentation du coût du container,
- Une augmentation du prix des transports,
- Une augmentation du coût de certains produits.
En conclusion, nous subissons un double effet : délais + coûts.
« La guerre en Iran ne fait pas seulement monter le prix du pétrole : elle désorganise toute la mécanique logistique mondiale, en allongeant les routes, en saturant les ports et en générant des surcoûts tout au long de la chaîne logistique. Le marché est devenu très volatil, avec des variations rapides et parfois difficiles à anticiper »
Concrètement, comment cela se traduit-il ?
On observe l’envolée du prix du pétrole, passant de 60$ le baril en début d’année à 100$ ces derniers jours, soit une hausse de 66%. Cette hausse a un impact immédiat car nos transporteurs indexent leurs prix sur le coût du gasoil. Pour ISB cela représente :
- Pour le transport routier : + 4 à 5 € du m3
- Pour le transport maritime : + 3 à 4 € du m3
Tous les produits bois sont-ils concernés de la même manière ?
Non, l’impact varie selon les produits.
Ces perturbations se répercutent sur les produits utilisant de la colle et/ou de la résine avec une hausse de 40 % (sur les composants pétrochimiques) depuis le début de l’année, à laquelle s’ajoute aussi la hausse sur les coûts de transport.
La congestion du détroit, et donc l’allongement des délais de livraison, a un impact sur les flux allant de l’Asie vers l’Europe. Chez ISB, cela se répercute sur la gamme panneaux (Vietnam).
A contrario, il faut souligner un impact positif pour ISB du côté du Pin Sylvestre scandinave (Pin du Nord, bois rouge) qui, du fait d’un marché bloqué au Moyen-Orient, est particulièrement disponible pour le marché européen avec des prix relativement stables.
Quelles conséquences, quelles solutions ?
La première conséquence est une pression directe sur les marges. Chez ISB, nous absorbons une partie des hausses tout en restant compétitifs. Il y a aussi un impact opérationnel :
- Des délais d’approvisionnement plus longs,
- Une gestion plus complexe des stocks,
- Une nécessité d’anticiper davantage.
Enfin, nous devrons adapter notre politique tarifaire, ce qui peut se traduire par des ajustements de prix.
Quel message souhaites-tu adresser aux clients et partenaires d’ISB ?
Nous sommes mobilisés pour sécuriser nos approvisionnements et limiter l’impact des hausses. Nous mettons un point d’honneur à maintenir la qualité de service et à être transparents sur les évolutions de prix. Vu le contexte, la collaboration avec nos partenaires est essentielle. Mais à ce stade, la visibilité reste limitée. Tant que les tensions géopolitiques persistent, notamment en Iran, les prix resteront sous pression.